Rédacteur : Marguin Jacques
Quand le passé ne s'efface pas (le 29 juin 2003) :
23 ans déjà et un moment qui reste gravé dans ma mémoire comme dans l’airain.
La Dent du Requin (3422m) est une aiguille pittoresque des Aiguilles de Chamonix.
Elle s’atteint par divers itinéraires dont la voie des Plaques ou l’arête du Chapeau à Cornes, la Renaudie et l’arête Mayer Dibona ou sa face nord.
On y fait ses gammes d’alpiniste.
Ces voies en magnifique granit ne sont ni trop longues ni très difficiles, la descente sur glacier exige de l’attention.
Après avoir écumé principalement Chablais, Bauges et Aravis en ski de rando, grimpé au Sappey et quelques voies de la Grande Arabesque, Didier BONNETON et moi, tous deux en pleine forme, décidons de viser cette Dent du Requin par la voie Renaudie en pleine face est.
Elle m’attire depuis longtemps et Didier valide tous mes choix.
La confiance règne et la difficulté est largement dans nos cordes.
Ce sera la course qui réunit l’itinéraire, le rocher, le sommet, l’amitié, la condition physique et la météo.
La préparation se fait à partir des 100 plus belles et surtout de la fiche Mythra n°38.
Ces fiches étaient des bijoux de topos d’une rare précision, leur seul défaut était leur prix mais robustes, plastifiées et étanches elles tenaient dans une poche et pouvaient servir encore et encore.
L’itinéraire s’y découvre à la loupe tant la précision des photos est impressionnante.
Histoire de flâner et satisfaire notre goût pour la contemplation, on fait le détour par le refuge de l’Envers des Aiguilles et tant de souvenirs avant de toucher à notre havre, le refuge du Requin (2516m).
A l’annonce de notre projet le gardien nous prend très aux sérieux en nous donnant quelques tuyaux ; l’itinéraire est dans mon ADN mais tout est bon à prendre de la part d’un pro.
La suite a été une symphonie sur rocher après avoir avalé en solo, plongés dans nos pensées, le névé d’attaque et les premiers gradins.
On a tout grimpé en réversible, les automatismes sont bien huilés sur un rocher superbe, l’itinéraire quasi évident, un régal.
L’apothéose a eu lieu sur la plateforme du sommet de 1,50m2 inclinée où une famille de chocards à bec jaune nous a produit un ballet de toute beauté, tous rivalisant de témérité pour attraper en plein vol les gourmandises qu’on leur lançait.
Enfin la descente où il était impératif d’avoir une corde de 50m.
C’est là que les 2 Athéniens n’atteignirent pas tous les relais !
Mon rappel, vendu pour 50m, faisait 48m et quand on arrive en bout de corde sans toucher le relais il faut être inventif ! La dernière surprise nous attendait sur le glacier où il a fallu se confier à un corps mort fait d’un sac plastique rempli de neige et enfoui dans la neige.
RAS, la manœuvre est prévue dans le bagage technique du parfait petit alpiniste.
On a été accueillis en vainqueurs par le gardien qui, arborant une grande banane, nous a offert une bière et ces mots : « Bravo les gars vous êtes la première cordée d’amateurs que je vois faire la Renaudie sans commettre la moindre erreur ».
Merci M’sieur !


SIBELLE Paul - 25/03/2026
Magnifique ! Merci :D