Compte Rendu de sortie

Souvenirs : Mont Blanc du Tacul

Souvenirs : Mont Blanc du Tacul

CARNET DE COURSES

Mont Blanc du Tacul pilier Boccalatte 4248m



Dans les années 1990 j’ai fréquenté le Centre Jean Franco de l’Éducation Nationale presque en plein centre de Chamonix. Il est hélas fermé, reconverti en un centre hôtelier.


Jean Franco a été un guide prolifique coordinateur des expéditions françaises dans l’Himalaya (Makalu, Jannu) et a dirigé l’ENSA. Avec sa femme Jeanne ilsont ouvert le pilier sud de la Barre des Ecrins, à voir et à faire. Sa vie entièrement consacrée à la montagne s’est brutalement arrêtéele 2 décembre 1971 dans un accident de voiture au lieu-dit Noirefontaine à Montagnat avant que le tracé de la route soit modifié pour gommer les 2 virages piégeux.


Ce centre était un lieu de rencontre de passionnés de montagne, contemplatifs, randonneurs, grimpeurs, cyclistes, alpinistes, photographes, historiens, littéraires ou oisifs. L’ambiance y était décontractée, chaleureuse et bon enfant. Des groupes selon les activités se formaient et élaboraient des projets : il était très facile de s’intégrer et de trouver des compagnons. La cuisine était une référence tant par la qualité que par la quantité !


On s’échangeait les plans et on ne chômait pas pourvu que la météo veuille bien jouer le jeu. C’est ainsi que j’ai trouvé des complices qui revenaient d’une année sur l’autre, les associations étaient modulables.


Avec Gérard, Robert et Michèle on a fait quelques rodages en piochant dans « le IV sup » de Pascal Tanguy. Robert avait depuis quelques années l’objectif de gravir les 3 grands piliers de la spectaculaire face est du Mont Blanc du Tacul : pilier des 3 Pointes, Gervasutti et Boccalatte. Il avait coché le 1er l’année précédente, on cocherait ensemble le 2è l’année suivante, l’heureux élu du jour serait donc le Boccalatte, du nom d’un grand grimpeur italien.


La photo de ce versant est du Mont Blanc du Tacul illustrait la couverture des anciennes revues du club et illustre cet article. A toi d’identifier le pilier du jour.


La stratégie est élaborée et les cordées composées : Gérard et Robert, Michèle et moi. Il n’y avait donc plus qu’à.


Départ du refuge des Cosmiques à 6 heures tapantes. La marche d’approche n’est pas très longue et on finit tranquillement notre nuit en dormant d’un œil et en surveillant les pots de l’autre.


C’est un moment très délicat de passer la rimaye dans ce secteur surtout la pente qui suit où ça mitraille presque à jet continu essentiellement des petits calibres sur une bonne cinquantaine de mètres, on n’a pas le temps de les compter !On y va chacun son tour décordé en visant le bas d’une barre où tout est calme, kaï kaï ! Les pierres ont été très maladroites et avant de gagner le point de départ du pilier il faut rester très vigilants.


Sustentés et encordés c’est parti. Plus que 800 mètres ! Je suis désigné pour faire le job en tête, m’accordant très bien avec Michèle, excellente rochassière très sécure ; les 2 mecs suivront en réversible ;que demander de plus ?


L’itinéraire n’est pas compliqué sur cet éperon chaque longueur présente un pas difficile et il y a l’embarras du choix pour poser des protections efficaces. Après quelques longueurs et passant un repli de rocher je découvre un casque orné de caractères japonais mais vide ! Les hypothèses fusent « mais où est la tête et le bonhomme qui étaient dessous ? On ne le saura jamais. Il faut repartir au son des pianos qui dégringolent en continu dans un couloir à notre droite, la troupe est encore fraîche. On se régale dans de beaux passages sur ce granit de rêve. Sans se l’expliquer on ne prend pas la variante Rébuffat. Petit à petit les chaussettes se font plus lourdes, la nuit menace et les degrés Celsius diminuent. On n’est plus qu’à une centaine de mètres du sommet et ça commence à grogner dans les rangs. Il y en a même qui envisagent le bivouac, on est équipés pour mais ça ne m’emballe pas. Conciliabule et j’arrive à juguler la mutinerie en convainquant mes 3 compagnons que du point où nous sommes il ne reste que la « Crête de Coq » soit 5 ou 6 longueurs en IV/IV+ maximum. La lune joue le jeu et on a nos frontales. On enfile une polaire et cette fin d’ascension sera un régal total dans ces conditions, l’idée du bivouac est oubliée. Regroupement au sommet, on se compte bien 4 ouf ! On met de l’ordre dans le matériel, on grignote et on sirote et on dévale la face nord de ce Tacul où les 2 rimayes passent très bien avec un saut pour l’une et une échelle pour l’autre. La suite jusqu’au refuge des Cosmiques est vite avalée de façon à se laisser choir dans les couchettes non sans s’être aperçus qu’il est pile 6 heures soit 12 heures refuge-refuge pour ce Boccalatte. Pas besoin de berceuse. Au lieu de remonter la pénible et fastidieuse arête jusqu’à l’aiguille du Midi on rentrera par la ludique arête des Cosmiques ce que je fais chaque fois tant elle est agréable et ludique et le terrain vraiment montagne.


L’animateur du Centre nous accueillera les bras grand ouverts avec un petit buffet très bienvenu !

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