GREPON MER DE GLACE (face est)
Retour au 13/08/1995 ! Comme le temps passe !
Topos :
Magazine n°308H page 40
Guide Vallot tome 1 page 181 itinéraire 197
Le seul nom de la plus célèbre des aiguilles de Chamonix où trône une vierge ceinte d’anneaux de rappel à 3482m inspire respect et humilité et … envie !
Quand nos calendriers le permettent mon fils Frédéric et moi nous cherchons à partager de bons moments en montagne. La conversation tourne autour de ce magique et mystérieux Grépon chargé de tant d’histoire et dont AF Mummery a fait une idée fixe. Lire « Le roi du rocher » et/ou « Les Aiguilles de Chamonix » de Henri Isselin que je recommande à tout(e)s les impétrant(e)s. Quelle voie ? On ne discute pas longtemps, ce sera la face est encore appelée Grépon Mer de Glace ; itinéraire 197 du guide Vallot, pas de fiche Mythra ni dans les 100 plus belles (Gaston quand même !).
On ne change nos habitudes : montée le 1er jour via le refuge de l’Envers jusqu’à un emplacement de bivouac avant le morceau de choix du 2è jour. Dans ce cas le refuge bivouac de la Tour Rouge serait tout désigné mais il s’est écroulé au début des années 70 et reconstruit en 2021. Quelques débris survivent et surtout les odeurs tenaces permettent de le localiser sans hésitation ! Il y a quelques plateformes bivouacables à proximité. On s’installe, on fait bombance et on s’endort sous les étoiles. La météo parle de possibles orages dans l’après midi du lendemain. « Que sera sera, demain n’est jamais bien loin, laissons l’avenir venir, que sera sera, qui vivra verra ! »
Cette voie qui se développe sur 1000m depuis le glacier dont 800m d’escalade peut s’apparenter à une croisière sur un océan de rocher. Dans un tel univers combien ont erré pensant avoir identifié la bonne fissure, le bon dièdre, la bonne vire, la bonne plateforme avant de devoir rebrousser chemin ? Ce qui incite à une observation attentive et avec 4 zyeux c’est forcément mieux. On fera une ou deux erreurs dont on prendra très vite conscience.
Le tidej n’est pas terminé qu’une fusée avec un guide suisse en 1er étage et sa cliente en 2è étage prend juste le temps des échanges d’usage sans s’éterniser. On est attentifs à suivre leur progression du regard. Mais ils ne traînent pas et disparaissent rapidement dans les replis de la paroi. Ils ont mangé de l’Ovomaltine, « c’est d’la dynamique ! »
Les sacs sont bouclés et c’est parti, on se connaît, corde tendue sauf pour franchir quelques pas. À mi paroi une cordée qui nous avait en point de mire nous rattrape, on échange quelques mots pour s’apercevoir que le leader n’est autre que David Jonglez, fondateur de C2C et en pleine formation de guide ; le jeune homme a une grande maîtrise et il court presque contrairement à son second BH hors d’haleine et prêt à jeter l’éponge ; habituellement si volubile il ne peut rien émettrer ! Il fait beau et chaud (contrepèterie belge) et on ne s’aperçoit même pas de la sarabande que quelques nuages noirs mènent un peu plus haut. A l’approche du sommet quelques gouttes annoncent la suite qui ne traîne pas, pluie épaisse mais assez chaude. Frédéric arrive au sommet au plus facile avec David et c’est avec une corde hyper tendue que je les rejoins, la technique est à oublier, pourvu que ça passe ! C’est original de crier sec sec ! sous ce déluge ! Pendant ce temps BH gémit littéralement au pied d’une dalle bienvenue, transi, gelé, perclus, paniqué incapable de faire le moindre pas. Il a fallu le moufler avant que les nuages déguerpissent et que le soleil reprenne ses droits, tout est sec en quelques minutes. La pause dans la brèche Balfour fait retrouver tous ses esprits à BH soudainement pris d’une irrésistible envie de rejoindre la vallée. La descente présente quelques courts passages délicats et notre collaboration prendra fin quand on arrivera au rognon des Nantillons en bonnes conditions. Le sprint de BH est lancé, on ne se partagera même pas une mousse en se prélassant sur une terrasse pour clôturer l’aventure
Dommage quand même d’avoir raté la cerise sur le gâteau à savoir la célèbre et historique fissure Knübel.
Amateurs, il n’y a pas à hésiter, c’est une course complète et de toute beauté qui a sa place dans votre liste.

