Mont Maudit arête Küffner 4465m
Course n°50 page 130 des « 100 plus Belles ».
C’est lors d’un de mes séjours et des sympathiques retrouvailles au centre Jean Franco que s’est décidée cette course avec mon équipière Michèle. On va faire quelques galops d’essai pour optimiser la forme.
C’est engagé dans ce versant et les candidats ne se bousculent pas vraiment. C’est une grande course du versant de la Brenva. L’approche est déjà une une belle initiation glaciaire au pied des grands sommets de la Combe Maudite et au milieu des crevasses avec la montée finale de la pente de neige donnant accès au bivouac de la Fourche à 3675m, inchangé depuis l’année où j’avais gravi l’éperon de la Brenva les anneaux à la main tant les conditions avaient été favorables. Ce bivouac pittoresque et chargé d’histoire s’est effondré en août 2022 sans faire de victimes. C’était le point de départ des grandes ascensions de l’Envers du Mont Blanc, des grands noms y ont fait étape. Il gît maintenant 300m plus bas sur le glacier. L’espace est compté et nous le partagerons avec une autre cordée.
Le cheminement sur l’arête n’est par définition pas compliqué mais des chutes de neige récentes obligent à être attentifs pour franchir quelques accumulations instables. L’arête étant orientée sud est les conditions météo nivo nous seront favorables. Plus bas sur le glacier c’est le ballet des frontales des cordées arrivant de Torino. Comme ce sont essentiellement des Italiens c’est plutôt sonorisé ! Heureusement que tout le monde ne va pas sur le même itinéraire ni à la même cadence !
L’arête se parcourt en contournant parfois un bloc, un gendarme, quelques cordées nous rejoignent depuis le glacier par une discrète petite brèche.
Progressivement le terrain qui devient plus pentu, vertigineux et tellement photogénique mène au pied de la pointe de l’Androsace qui peut se traverser par une jolie varappe ou se contourner par sa base (quelques pas de IV) avant de rejoindre l’arête plus haut à l’extrémité de l’Androsace; ce sera notre choix. L’exposition est forte et il faut franchir quelques pas d’escalade en très bon rocher parfois verglacé; poser des protections étant très aisé.
La photo classique du passage de l’arête neigeuse en plein ciel n’est jamais truquée, c’est très aérien, spectaculaire et exposé.
Se présentent alors pour une bonne centaine de mètres les dernières pentes qui sont un enchaînement, un enchantement de petits couloirs ouverts et très raides, les crampons mordent, le piolet court s’ancre et la pose de points se fait dans la progression que ce soit par coinceurs ou sangles sur les nombreux becquets. Installer des relais serait fastidieux et une perte conséquente de temps.
La pente diminue et la voie s’achève à l’Épaule du Maudit où on s’offre une longue pause, les mollets sont durs ! Le casse croûte descend tout seul ! La neige a déjà bien chauffé et on va patauger donc on présente nos excuses au Mont Blanc de ne pas lui rendre visite pour s’engager directement dans la descente par le Mont Blanc du Tacul et selon notre habitude l’arête des Cosmiques.
Cette voie Küffner est une grande classique engagée qui ne présente pas de difficultés insurmontables. Il faut maîtriser le vide, tenir l’horaire et être capable de progresser corde tendue surtout dans les 100 derniers mètres qui sont les plus techniques par l’exposition et la nature du terrain.

