CARNET DE COURSES
Le Chardonnet éperon Migot 3824m
Dans les années où j’ai fréquenté le Centre Jean Franco on faisait très naturellement des courses de rocher. Il est vrai que le reste de l’année on le pratiquait beaucoup puisque les sites étaient proches et que ce n’était pas trop gourmand en temps. Au Centre Jean Franco beaucoup de personnes venaient de régions de plaine où neige et glace sont absents.
Avec ma compagne de cordée Michèle on a fait un inventaire des voies neigeuses car il y a aussi du choix à Cham’ . On s’est accordés sur l’éperon Migot du Chardonnet (Fiche Mythra n°6 et 43è des « 100 plus Belles »). C’est un superbe sommet qu’on voit de loin et qu’on a le temps de disséquer en montant au refuge Albert 1er. Son altitude de 3824m est facile à se rappeler car c’est presque celle de l’Aiguille du Midi (3842), il suffit d’intervertir dizaines et unités, petit truc mnémotechnique. Cet éperon nord est d’une esthétique exceptionnelle et donne des envies ; il ne sort pas de la tête jusqu’au jour où ! Un mini Frendo. La face a été skiée par JM Boivin et D.Chauchefoin selon des itinéraires différents.
J’avais en des temps lointains parcouru l’arête Forbes dont je n’ai pas oublié la beauté ni le côté complet et ludique qui fait contourner dents et gendarmes et sauter de brèche en brèche. Une autre fois avec mon regretté équipier André M. on s’était aventurés avec peu d’expérience dans le couloir Aureille Feutren. On avait senti battre nos cœurs et chauffer nos mollets malgré des conditions parfaites et une bonne santé. Chaque fois le début de la descente de ce sommet est l’occasion de mobiliser toute l’attention dont on est capable !
Pour l’éperon c’est très simple : on descend du refuge sur le glacier du Tour, viser le pied de l’éperon rarement directement, généralement en faisant un grand arc de cercle dans le sens horaire et longer le pied de la face nord (attention séracs!) pour éviter une zone crevassée. On contourne le pied de l’éperon et on monte en franchissant facilement une rimaye. Une zone mixte à gauche donne accès à une 1è arête neigeuse puis une 2è zone mixte mène au pied de la dernière pente neigeuse. Dans les zones mixtes une sangle par ci une sangle par là et ça monte en côtoyant de plus en plus les imposants séracs de la face nord qu’on peut presque toucher en tendant le bras ! La dernière pente de 100m, très redressée (55°) qui donne l’impression de monter dans l’azur, est la récompense ; on la savoure encordés court. On installe un relais avant de déboucher sur l’arête. La neige « à bout de pieds » (Rébuffat) participe au plaisir. On sort à gauche du rognon sommital. Comme on est bien seuls ici !Après la pause il faut descendre et les 100 premiers mètres exigent de l’attention sinon c’est le toboggan direction bassin d’Argentière. Un rappel dans une zone mixte mène à des pentes accueillantes avant le passage de la rimaye et le retour au refuge.

